18 mai 2007
L'équilibriste, l'artiste
Le Nouvel Observateur
Sur un terrain, il a des appuis comme personne. Et une formidable capacité à éviter la chute. Malgré les poids lourds, les chocs et les catapultes. Son secret ? Son centre de gravité est beaucoup plus bas que les autres. Alors il résiste à tous les assauts. Comme une anguille. Et marque les essais les plus insensés. Il est le lutin magique, la flèche aux jambes de feu qui sauve l'équipe de France de rugby de la routine et de la mécanique froide des mastodontes. Terrible paradoxe : loin des stades, il peut s'effondrer à tout moment. A la moindre tempête, l'ailier international touche le fond. Il le raconte dans un livre-confession, « Bleu à l'âme » ( Le Cherche-Midi ). Au coeur de l'ouvrage, l'homme dur au mal livre ses douleurs intimes, revient sur son divorce, sur la mort prématurée de sa soeur, sur les rumeurs lui attribuant une liaison amoureuse avec le président du Stade français, Max Guazzini. L'ailier magique aurait pu taper en touche, éviter les confrontations. Il fonce, sans gémissement, sans plainte. Evoque sa dépression nerveuse. Avec un seul objectif : devenir champion du monde avec les Bleus, en septembre. Histoire de raconter à la terre entière qu'on peut-être petit, fragile, perclus de blessures intimes et transformer le plomb en or. L'affaire Dominici ? La saga d'un équilibriste qui a trouvé la paix intérieure dans la théorie du contre-pied. L'art de la fugue. Entre les poteaux, si possible.
Serge Raffy
TVmag
Tout le monde connaît Christophe Dominici, mais personne ne connaît l'histoire de sa vie. Dans son livre, Bleu à l'âme (Le Cherche Midi), il se dévoile. « Je voulais rentrer dans l'intime, montrer qu'une carrière est faite de hauts et de bas. » Et, des bas, il n'en a pas manqué (il en parle mercredi dans Vie privée, vie publique, sur France 3). Quand il a 14 ans, sa sœur, Pascale, décède dans un accident de voiture. Vingt ans après, cette violente blessure commence seulement à s'apaiser : « Écrire m'a fait accepter, mais je n'arrive pas encore à relire cette partie de mon livre ». À l'époque du drame, Christophe Dominici joue au football à un bon niveau. Mais, dégoûté par l'individualisme de la discipline, il se tourne vers le rugby. Et y trouve son salut, malgré son gabarit : « Je n'étais pas prédestiné à faire ce métier, mais, quand on veut, on peut ! ». En 2000, il sombre dans une dépression lourde. Il est plongé onze jours dans un sommeil artificiel. Encore une fois, le rugby se révèle salvateur : « J'ai beaucoup évacué à travers l'effort ». Malgré ces bleus à l'âme, Christophe Dominici a su devenir l'un des plus grands champions du rugby français.
Metro
A 35 ans, et alors qu'il va surement jouer sa dernière Coupe du monde à l'automne prochain, Christophe Dominici, l'ailier de l'équipe de France de rugby et du Stade Français se dévoile dans un livre impudique et très touchant.
On vous a vu lors de la campagne électorale aux côtés de Nicolas Sarkozy à Bercy. C'est la première fois que vous vous affichez comme ça auprès d'un candidat?
Oui. Vous savez, quand on parle de travail, de valeurs, moi qui suis dans le sport et qui me suis battu pour arriver là où je suis actuellement. Il a fallu faire beaucoup travailler, faire de sacrifices, certains moments étaient difficiles, et les valeurs qu'il met en avant me parlent, que ce soit le respect, l'humilité, travail, la récompense... Quand on fait du sport, on a envie d'être récompenser pour ce qu'on a accomplit. Et la façon dont il essaie de mettre ses valeurs là en avant, ça m'a parlé. J'ai 35 ans, c'est la première fois que je vote. C'est la première fois que quelqu'un me donnait envie de croire à quelque chose. Pour une fois je n'avais pas à choisir contre quelqu'un. Et ça, ça m'a donné envie de le rencontrer, de discuter avec lui. D'habitude, dans mon village, ce sont les politiques qui viennent vers moi, et là c'est moi qui suis allé le voir.
Qu'est ce qui vous attire dans son programme, dans son discours?
Je pense que dans la société, ce sont les gens d'en haut qui tirent les gens d'en bas. Moi j'ai joué au rugby avec des gens meilleurs que moi, et ce sont eux qui m'ont permit de m'améliorer. Moi je suis issu d'une famille où mes parents travaillaient 15 à 17 heures par jour, pour réaliser ses rêves, obtenir quelque chose de la vie. J'ai l'impression qu'avec Nicolas Sarkozy, les gens ont à nouveau des envies, des espoirs, des rêves. Ils se disent qu'ils peuvent améliorer leur sort: se faire plaisir, s'acheter une voiture, partir en vacances, peu importe. A un moment, il faut avoir des convictions, des idées, une logique. On peut pas se contenter d'aller dans le sens du vent et de consulter les Français sur tout, comme le proposait Ségolène Royal, sinon on avance pas. Vous vous imaginez si Bernard Laporte faisait un referendum pour trouver la technique pour battre les Blacks, on aurait des milliers de réponses différentes. Lui (Nicolas Sarkozy), il n'a jamais changé d'idée, il a un discours et il s'y tient, et c'est ça qui me plait.
On va parler du livre. Il y a un événement qui t'as profondément marqué, on s'en rend compte en lisant ton livre, c'est la mort de ta soeur, Pascale...
Quand un événement tragique comme ça arrive, le problème c'est la culpabilité que ça entraîne. Pour mes parents, pour moi. Pourquoi elle est partie ce jour-là, pourquoi on a rien fait pour l'en empêcher... C'est un peu toute la famille qui implose. Moi j'avais une haine en moi, je faisais beaucoup de bêtises, je me bagarrais... Puis, petit à petit, chacun essaie de se sauver, de trouver un peu d'oxygène. Moi je l'ai trouvé dans le rugby. C'est le rugby m'a permit de ramener un peu de bonheur dans cette famille. Ma mère pensait que j'avais un don et mes parents ont fondé beaucoup d'espoirs en moi. Je ne savais même plus si je jouais au rugby pour moi ou pour ma mère, pour mon père, pour ma soeur...
Il y a d'autres femmes qui ont compté dans ta vie. Il y a ta femme Ingrid...
Bien sûr. Je l'ai connu alors qu'elle était très jeune, elle avait juste 14 ans et moi 18 ans. J'ai pas été toujours très facile à vivre pour elle. Moi je viens d'une famille du sud, ma mère est Sarde, mon père est Corse. La mère a une place importante chez nous, elle s'occupe de beaucoup, beaucoup de choses. Mon ex-femme était originaire du sud-est de la France aussi et elle avait vu ses parents et ses grands-parents dans ce schéma, mais en arrivant à Paris on s'est trouvé confronté à un autre modèle. J'étais assez macho et elle avait pas envie de vivre dans ce modèle mais je ne l'ai pas compris. Aujourd'hui, l'homme qui ne comprend pas l'évolution de la femme, il est malheureux, et moi je ne l'ai pas compris à un moment donné. Elle souhaitait autre chose de la vie...
Tu es tombé en grave dépression suite à cela?
Disons que c'était le détonateur, il y avait beaucoup de choses accumulées toutes ces années. Le fait que je n'acceptais pas le décès de ma soeur, que je voulais tout le temps donner l'image de quelqu'un de fort, de fier, je voulais porter mes parents sur mes épaules, mais voilà, c'était pas possible. Ca prouve qu'on n'est qu'un homme, malgré le fait qu'on joue au rugby, qu'on soit excessif, qu'on soit courageux, on craque.
Tu fais un parallèle entre ton histoire avec ta femme Ingrid, et ta soeur Pascale?
Oui, c'est extraordinaire. J'ai rencontré mon ex-femme, elle avait 14 ans, on s'est séparé, elle avait 24 ans. Ma soeur est décédée à 24 ans, et c'est moi qui avait 14 ans. La vie me mettait face à mes réalités, elle me disait: règle ton problème de deuil. Cette analyse m'a permit de comprendre que j'avais un vrai problème avec les séparations brutales. Il fallait que j'accepte que la séparation faisait partie de la vie.
Dans ton livre, tu dis que ta relation avec les femmes est primordiale mais compliquée aussi...
Je pense que le problème de ma vie ce sont les femmes. Ca m'est difficile d'avoir une relation sentimentale et de me donner à fond dans mon travail de rugbyman. C'est le principe des vases communiquant. Quand je suis dans une relation, je n'arrive pas à me concentrer sur mon rugby, or aujourd'hui mon objectif principal, c'est la Coupe du monde. Mais par ailleurs, ce qui me manque le plus, c'est la famille. Je suis différent de beaucoup de sportifs, je suis divorcé, j'ai pas d'enfant... Moi je suis l'opposé. Je peux être passionné par l'un ou par l'autre, mais j'arrive pas à mener les deux de front.
Il n'y a pas que des femmes qui ont compté pour toi, des hommes aussi. Max Guazzini en premier lieu. Il dit qu'il te considère comme un fils...
Max a toujours été super avec moi. Quand je n'étais plus performant, que j'ai eu beaucoup de mal à revenir, il a toujours été là pour moi. Il aurait pu me mettre dehors, il a toléré beaucoup. Et puis, à travers les gens, on se reconnaît: c'est quelqu'un qui se sent profondément seul, qui a une carrière professionnelle gigantesque, mais qui se sent seul. Il a besoin de beaucoup d'affectif. Il est aussi excessif, passionné, comme moi. On se reconnaît. C'est à lui que j'ai offert mon premier maillot de l'équipe de France, même si il ne l'a pas accepté et m'a dit de le donner à mes parents.
Bernard Laporte également...
Bernard, il m'entraîne depuis dix ans. Il y a aussi quelque chose qui se crée. Mais en même temps, Bernard Laporte, il ne m'a pas sélectionné pendant un an et demi, pas même passé un coup de téléphone. Sur le moment, je lui en voulais terriblement. Je devenais de plus en plus désagréable, con... C'est là qu'on s'aperçoit que de remettre la faute sur les autres, c'est pas viable.Il ne me sélectionnait pas, mais pas parce qu'il ne m'aimait pas, mais parce que je n'étais pas au niveau. Il faut savoir se remettre en question parfois.
Tu as commencé très tard le rugby ?
Oui, à 17 ans. Avant je jouais au football, pas mal d'ailleurs, j'avais des propositions pour entrer dans un centre de formation. J'ai même perdu en Coupe Gambardella (Coupe de France des jeunes) contre l'équipe de Monaco, où jouait un certain Lilian Thuram. Mais voilà, je ne me reconnaissais pas dans ce sport. Même si c'est un jeu collectif, le football, c'est trop individualiste pour moi. Dans le rugby, sans les autres, on est rien.
Comment on fait quand on mesure 1,72 m pour être aussi performant que des ailiers Fidjiens qui mesurent trois têtes de plus, qui pèsent 50 kilos de plus?
Et bien, c'est beaucoup de travail, de la détermination, de l'énergie. Avec de l'envie, on peut faire beaucoup de choses. Moi je suis un peu une teigne sur le terrain, je ne lâche rien. Jusqu'à la dernière minute, tu peux trouver un trou de souris pour aller marquer un essai. Et c'est encore plus facile quand tu es petit. J'aime bien innover, créer. Moi, marquer des essais, ce n'est pas mon objectif numéro un, je préfère créer du jeu, être là où on ne m'attend pas.
Justement, il y a un endroit où on t'attend, c'est le 20 octobre au Stade de France pour la finale. Tu prendras ta retraite sur une victoire en Coupe du monde?
Je ne sais pas. Ca dépendra de beaucoup de choses. Je vais re-signer pour un an avec le Stade Français. Je n'ai pas envie de me projeter dans une fin de carrière. Si on dit quelque chose, après on doit s'y tenir. Regardez Zidane, peut être qu'il aurait aimé ne pas avoir annoncé sa retraite pour la fin du Mondial, pour ne pas finir sur cette fausse note. Raccrocher les crampons, c'est la mort du sportif, et moi j'ai beaucoup de mal avec la mort.
Renaud Moncla
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